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Article extrait de L’Humanité, mercredi 21 mars 2012

 

La bataille des éboueurs lyonnais

Alors que les éboueurs du Grand Lyon entament une deuxième semaine de grève pour défendre la gestion publique des déchets, la communauté urbaine a renoncé au dernier moment à poursuivre les syndicats.

Face au tollé provoqué par l’assignation au tribunal de grande instance de Lyon des responsables des sept syndicats engagés dans la grève des éboueurs depuis le 12 mars pour « entrave à la liberté de travailler », le Grand Lyon a finalement abandonné les poursuites hier en fin d’après-midi. L’action en justice avait tout l’air d’une déclaration de guerre auprès des salariés. « Nous sommes 70 % de grévistes aujourd’hui, c’est plus que la semaine dernière », résumait plus tôt Djamel Mohamed, secrétaire général de la CGT propreté au Grand Lyon. Mobilisés pour la deuxième semaine pour exiger le maintien de la collecte dans le centre de Lyon et de Villeurbanne en régie publique et pour l’amélioration de leurs conditions de travail, les éboueurs se heurtent à une institution qui ne négocie qu’en trompe-l’œil. Dans un communiqué, la communauté urbaine affirmait la semaine dernière « répondre favorablement aux attentes des agents concernant leurs conditions de travail, en mettant en œuvre un samedi sur deux de repos pour tous les agents de la collecte ». Une formidable concession acquise depuis… 2003, d’après les syndicats. Concernant l’enjeu majeur du conflit – l’octroi de rondes de collecte au privé jusqu’ici gérées en régie publique –, le Grand Lyon affirme que ce nouveau redécoupage ne modifie en rien l’équilibre dit du « 50-50 » entre le privé et le public à l’échelle de l’agglomération, puisque les agents du Grand Lyon obtiendraient en échange la collecte des déchets de 56 communes périphériques jusque-là opérée par des sociétés privées. « Sauf que la collecte est rémunérée au tonnage, pas à la ronde », explique Djamel Mohamed, qui constate que la masse de déchets est beaucoup plus importante et beaucoup plus concentrée à Lyon et à Villeurbanne que dans des communes de densité moindre. « On veut une fois de plus gaver les entreprises du CAC 40 que sont Veolia et Suez », dénonce Djamel Mohamed, qui note la concomitance troublante avec les négociations sur le retour en régie publique de la gestion de l’eau potable dans l’agglomération, qui tournent en défaveur de ces groupes. « Et pour les salariés du privé, cette réorganisation se solderait par 40 licenciements », poursuit-il. Pour expliquer son choix de livrer ce juteux marché au privé, le Grand Lyon s’affirme contraint de « rebattre les cartes à chaque fois que les marchés arrivent à échéance (…) conformément aux recommandations habituelles de la chambre régionale des comptes ». « L’obligation de soumettre les prestations à des appels d’offres concurrentiels ne concerne absolument pas ce qui est géré en régie publique », conteste Armand Creus, représentant UGICT-CGT au Grand Lyon.

Des méthodes dignes du medef

Exigeant le retrait du projet de privatisation de la collecte de déchets, l’UD CGT du Rhône a dénoncé l’attitude du Grand Lyon qui préfère « utiliser les moyens prisés par le Medef pour tenter de briser la grève (en faisant) appel à des personnels intérimaires pour ramasser les poubelles par des entreprises privées et (en multipliant) les pressions sur les grévistes ». Pour la secrétaire de la fédération du Rhône du PCF, Danielle Lebail, « la judiciarisation des rapports sociaux n’est pas la culture de gauche ».

Loan Nguyen

 

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